| Guy Debord ~ Commentaires sur "La societé du spectacle"
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À la mémoire de Gérard Lebovici, assassiné à Paris, le 5 mars
1984, dans un guet-apens resté mystérieux.
«Quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances
où vous vous trouvez, ne désespérez de rien; c’est dans les occasions où tout est à
craindre, qu’il ne faut rien craindre; c’est lorsqu’on est environné de tous les dangers,
qu’il n’en faut redouter aucun; c’est lorsqu’on est sans aucune ressource, qu’il faut
compter sur toutes; c’est lorsqu’on est surpris, qu’il faut surprendre l’ennemi lui-même».
Sun Tse (L’Art de la guerre)
XXIII
En janvier 1988, la Mafia colombienne de la drogue publiait un
communiqué destiné à rectifier l’opinion du public sur sa prétendue
existence. La plus grande exigence d’une Mafia, où qu’elle puisse
être constituée, est naturellement d’établir qu’elle n’existe pas,
ou qu’elle a été victime de calomnies peu scientifiques; et c’est
son premier point de ressemblance avec le capitalisme. Mais en la
circonstance, cette Mafia irritée d’être seule mise en vedette,
est allée jusqu’à évoquer les autres groupements qui voudraient
se faire oublier en la prenant abusivement comme bouc émissaire.
Elle déclare: «Nous n’appartenons pas, nous, à la mafia bureaucratique
et politicienne, ni à celle des banquiers et des financiers, ni
à celle des millionnaires, ni à la mafia des grands contrats frauduleux,
à celle des monopoles ou à celle du pétrole, ni à celle des grands
moyens de communication».
On peut sans doute estimer que les auteurs de cette déclaration
ont intérêt à déverser, tout comme les autres, leurs propres pratiques
dans le vaste fleuve des eaux troubles de la criminalité, et des
illégalités plus banales, qui arrose dans toute son étendue la société
actuelle ; mais aussi il est juste de convenir que voilà des
gens qui savent mieux que d’autres, par profession, de quoi ils
parlent. La Mafia vient partout au mieux sur le sol de la société
moderne. Elle est en croissance aussi rapide que les autres produits
du travail par lequel la société du spectaculaire intégré façonne
son monde. La Mafia grandit avec les immenses progrès des ordinateurs
et de l’alimentation industrielle, de la complète reconstruction
urbaine et du bidonville, des services spéciaux et de l’analphabétisme.
XXIV
La Mafia n’était qu’un archaïsme transplanté, quand elle commençait
à se manifester au début du siècle aux États-Unis, avec l’immigration
de travailleurs siciliens; comme au même instant apparaissaient
sur la côte ouest des guerres de gangs entre les sociétés secrètes
chinoises. Fondée sur l’obscurantisme et la misère, la Mafia ne
pouvait alors même pas s’implanter dans l’Italie du Nord. Elle semblait
condamnée à s’effacer partout devant l’État moderne. C’était une
forme de crime organisé qui ne pouvait prospérer que sur la « protection »
de minorités attardées, en dehors du monde des villes, là où ne
pouvait pas pénétrer le contrôle d’une police rationnelle et des
lois de la bourgeoisie. La tactique défensive de la Mafia ne pouvait
jamais être que la suppression des témoignages, pour neutraliser
la police et la justice, et faire régner dans sa sphère d’activité
le secret qui lui est nécessaire. Elle a par la suite trouvé un
champ nouveau dans le nouvel obscurantisme de la société
du spectaculaire diffus, puis intégré: avec la victoire totale
du secret, la démission générale des citoyens, la perte complète
de la logique, et les progrès de la vénalité et de la lâcheté universelles,
toutes les conditions favorables furent réunies pour qu’elle devînt
une puissance moderne, et offensive.
La Prohibition américaine — grand exemple des prétentions des États
du siècle au contrôle autoritaire de tout, et des résultats qui
en découlent — a laissé au crime organisé, pendant plus d’une décennie,
la gestion du commerce de l’alcool. La Mafia, à partir de là enrichie
et exercée, s’est liée à la politique électorale, aux affaires,
au développement du marché des tueurs professionnels, à certains
détails de la politique internationale. Ainsi, elle fut favorisée
par le gouvernement de Washington pendant la Deuxième Guerre mondiale,
pour aider à l’invasion de la Sicile. L’alcool redevenu légal a
été remplacé par les stupéfiants, qui ont alors constitué la marchandise-vedette
des consommations illégales. Puis elle a pris une importance considérable
dans l’immobilier, les banques, la grande politique et les grandes
affaires de l’État, puis les industries du spectacle: télévision,
cinéma, édition. C’est aussi vrai déjà, aux États-Unis en tout cas,
pour l’industrie même du disque, comme partout où la publicité d’un
produit dépend d’un nombre assez concentré de gens. On peut donc
facilement faire pression sur eux, en les achetant ou en les intimidant,
puisque l’on dispose évidemment de bien assez de capitaux, ou d’hommes
de main qui ne peuvent être reconnus ni punis. En corrompant les
disc-jockeys, on décide donc de ce qui devra être le succès,
parmi des marchandises si également misérables.
C’est sans doute en Italie que la Mafia, au retour de ses expériences
et conquêtes américaines, a acquis la plus grande force: depuis
l’époque de son compromis historique avec le gouvernement parallèle,
elle s’est trouvée en situation de faire tuer des juges d’instruction
ou des chefs de police: pratique qu’elle avait pu inaugurer dans
sa participation aux montages du «terrorisme» politique. Dans
des conditions relativement indépendantes, l’évolution similaire
de l’équivalent japonais de la Mafia prouve bien l’unité de l’époque.
On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose
en opposant la Mafia à l’État : ils ne sont jamais en rivalité.
La théorie vérifie avec facilité ce que toutes les rumeurs de la
vie pratique avaient trop facilement montré. La Mafia n’est pas
étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle.
Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le
modèle de toutes les entreprises commerciales avancées.
XXV
Avec les nouvelles conditions qui prédominent actuellement dans
la société écrasée sous le talon de fer du spectacle, on
sait que, par exemple, un assassinat politique se trouve placé dans
une autre lumière; en quelque sorte tamisée. Il y a partout beaucoup
plus de fous qu’autrefois, mais ce qui est infiniment plus commode,
c’est que l’on peut en parler follement. Et ce n’est pas
une quelconque terreur régnante qui imposerait de telles explications
médiatiques. Au contraire, c’est l’existence paisible de telles
explications qui doit causer de la terreur.
Quand en 1914, la guerre étant imminente, Villain assassina Jaurès,
personne n’a douté que Villain, individu sans doute assez peu équilibré,
avait cru devoir tuer Jaurès parce que celui-ci paraissait, aux
yeux d’extrémistes de la droite patriotique qui avaient profondément
influencé Villain, quelqu’un qui serait certainement nuisible pour
la défense du pays. Ces extrémistes avaient seulement sous-estimé
l’immense force du consentement patriotique dans le parti socialiste,
qui devait le pousser instantanément à «l’union sacrée»; que
Jaurès fût assassiné ou qu’au contraire on lui laissât l’occasion
de tenir ferme sur sa position internationaliste en refusant la
guerre. Aujourd’hui, en présence d’un tel événement, des journalistes-policiers,
experts notoires en «faits de société» et en «terrorisme», diraient
tout de suite que Villain était bien connu pour avoir à plusieurs
reprises esquissé des tentatives de meurtre, la pulsion visant chaque
fois des hommes, qui pouvaient professer des opinions politiques
très diverses, mais qui tous avaient par hasard une ressemblance
physique ou vestimentaire avec Jaurès. Des psychiatres l’attesteraient,
et les media, rien qu’en attestant qu’ils l’ont dit, attesteraient
par le fait même leur compétence et leur impartialité d’experts
incomparablement autorisés. Puis l’enquête policière officielle
pourrait établir dès le lendemain que l’on vient de découvrir plusieurs
personnes honorables qui sont prêtes à témoigner du fait que ce
même Villain, s’estimant un jour mal servi à la «Chope du Croissant
», avait, en leur présence, abondamment menacé de se venger prochainement
du cafetier, en abattant devant tout le monde, et sur place, un
de ses meilleurs clients.
Ce n’est pas dire que, dans le passé, la vérité s’imposait souvent
et tout de suite; puisque Villain a été finalement acquitté par
la Justice française. Il n’a été fusillé qu’en 1936, quand éclata
la révolution espagnole, car il avait commis l’imprudence de résider
aux îles Baléares.
XXVI
C’est parce que les nouvelles conditions d’un maniement profitable
des affaires économiques, au moment où l’État détient une part hégémonique
dans l’orientation de la production et où la demande pour toutes
les marchandises dépend étroitement de la centralisation réalisée
dans l’information-incitation spectaculaire, à laquelle devront
aussi s’adapter les formes de la distribution, l’exigent impérativement
que l’on voit se constituer partout des réseaux d’influence ou des
sociétés secrètes. Ce n’est donc qu’un produit naturel du mouvement
de concentration des capitaux, de la production, de la distribution.
Ce qui, en cette matière, ne s’étend pas, doit disparaître; et
aucune entreprise ne peut s’étendre qu’avec les valeurs, les techniques,
les moyens, de ce que sont aujourd’hui l’industrie, le spectacle,
l’État. C’est, en dernière analyse, le développement particulier
qui a été choisi par l’économie de notre époque, qui en vient à
imposer partout la formation de nouveaux liens personnels de
dépendance et de protection.
C’est justement en ce point que réside la profonde vérité de cette
formule, si bien comprise dans l’Italie entière, qu’emploie la Mafia
sicilienne: «Quand on a de l’argent et des amis, on se rit de
la Justice». Dans le spectaculaire intégré, les lois dorment;
parce qu’elles n’avaient pas été faites pour les nouvelles
techniques de production, et parce qu’elles sont tournées dans la
distribution par des ententes d’un type nouveau. Ce que pense, ou
ce que préfère, le public, n’a plus d’importance. Voilà ce qui est
caché par le spectacle de tant de sondages d’opinions, d’élections,
de restructurations modernisantes. Quels que soient les gagnants,
le moins bon sera enlevé par l’aimable clientèle: puisque ce
sera exactement ce qui aura été produit pour elle.
On ne parle à tout instant d’«État de droit» que depuis le moment
où l’État moderne dit démocratique a généralement cessé d’en être
un: ce n’est point par hasard que l’expression n’a été popularisée
que peu après 1970, et d’abord justement en Italie. En plusieurs
domaines, on fait même des lois précisément afin qu’elles soient
tournées, par ceux-là qui justement en auront tous les moyens.
L’illégalité en certaines circonstances, par exemple autour du commerce
mondial de toutes sortes d’armements, et plus souvent concernant
des produits de la plus haute technologie, n’est qu’une sorte de
force d’appoint de l’opération économique; qui s’en trouvera d’autant
plus rentable. Aujourd’hui, beaucoup d’affaires sont nécessairement
malhonnêtes comme le siècle, et non comme l’étaient autrefois
celles que pratiquaient, par séries clairement délimitées, des gens
qui avaient choisi les voies de la malhonnêteté.
À mesure que croissent les réseaux de promotion-contrôle pour jalonner
et tenir des secteurs exploitables du marché, s’accroît aussi le
nombre de services personnels qui ne peuvent être refusés à ceux
qui sont au courant, et qui n’ont pas davantage refusé leur aide;
et ce ne sont pas toujours des policiers ou des gardiens des intérêts
ou de la sécurité de l’État. Les complicités fonctionnelles communiquent
au loin, et très longtemps, car leurs réseaux disposent de tous
les moyens d’imposer ces sentiments de reconnaissance ou de fidélité
qui, malheureusement, ont toujours été si rares dans l’activité
libre des temps bourgeois.
On apprend toujours quelque chose de son adversaire. Il faut croire
que les gens de l’État ont été amenés, eux aussi, à lire les remarques
du jeune Lukács sur les concepts de légalité et d’illégalité; au
moment où ils ont eu à traiter le passage éphémère d’une nouvelle
génération du négatif — Homère a dit qu’«une génération d’hommes
passe aussi vite qu’une génération de feuilles». Les gens de l’État,
dès lors, ont pu cesser comme nous de s’embarrasser de n’importe
quelle sorte d’idéologie sur cette question; et il est vrai que
les pratiques de la société spectaculaire ne favorisaient plus du
tout des illusions idéologiques de ce genre. À propos de nous tous
finalement, on pourra conclure que ce qui nous a empêché souvent
de nous enfermer dans une seule activité illégale, c’est que nous
en avons eu plusieurs.
XXVII
Thucydide, au livre VIII, chapitre 66, de La Guerre du Péloponnèse
dit, à propos des opérations d’une autre conspiration oligarchique,
quelque chose qui a beaucoup de parenté avec la situation où nous
nous trouvons:
«Qui plus est, ceux qui y prenaient la parole étaient du complot
et les discours qu’ils prononçaient avaient été soumis au préalable
à l’examen de leurs amis. Aucune opposition ne se manifestait parmi
le reste des citoyens, qu’effrayait le nombre des conjurés. Lorsque
quelqu’un essayait malgré tout de les contredire, on trouvait aussitôt
un moyen commode de le faire mourir. Les meurtriers n’étaient pas
recherchés et aucune poursuite n’était engagée contre ceux qu’on
soupçonnait. Le peuple ne réagissait pas et les gens étaient tellement
terrorisés qu’ils s’estimaient heureux, même en restant muets, d’échapper
aux violences. Croyant les conjurés bien plus nombreux qu’ils n’étaient,
ils avaient le sentiment d’une impuissance complète. La ville était
trop grande et ils ne se connaissaient pas assez les uns les autres,
pour qu’il leur fût possible de découvrir ce qu’il en était vraiment.
Dans ces conditions, si indigné qu’on fût, on ne pouvait confier
ses griefs à personne. On devait donc renoncer à engager une action
contre les coupables, car il eût fallu pour cela s’adresser soit
à un inconnu, soit à une personne de connaissance en qui on n’avait
pas confiance. Dans le parti démocratique, les relations personnelles
étaient partout empreintes de méfiance et l’on se demandait toujours
si celui auquel on avait affaire n’était pas de connivence avec
les conjurés. Il y avait en effet parmi ces derniers des hommes
dont on n’aurait jamais cru qu’ils se rallieraient à l’oligarchie.
»
Si l’histoire doit nous revenir après cette éclipse, ce qui dépend
de facteurs encore en lutte et donc d’un aboutissement que nul ne
saurait exclure avec certitude, ces Commentaires pourront
servir à écrire un jour l’histoire du spectacle; sans doute le
plus important événement qui se soit produit dans ce siècle; et
aussi celui que l’on s’est le moins aventuré à expliquer. En des
circonstances différentes, je crois que j’aurais pu me considérer
comme grandement satisfait de mon premier travail sur ce sujet,
et laisser à d’autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le
moment où nous sommes, il m’a semblé que personne d’autre ne le
ferait.
XXVIII
Des réseaux de promotion-contrôle, on glisse insensiblement aux
réseaux de surveillance-désinformation. Autrefois, on ne conspirait
jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui, conspirer en
sa faveur est un nouveau métier en grand développement. Sous
la domination spectaculaire, on conspire pour la maintenir, et pour
assurer ce qu’elle seule pourra appeler sa bonne marche. Cette conspiration
fait partie de son fonctionnement même.
On a déjà commencé à mettre en place quelques moyens d’une sorte
de guerre civile préventive, adaptés à différentes projections de
l’avenir calculé. Ce sont des «organisations spécifiques», chargées
d’intervenir sur quelques points selon les besoins du spectaculaire
intégré. On a ainsi prévu, pour la pire des éventualités, une tactique
dite par plaisanterie «des Trois Cultures», en évocation d’une
place de Mexico à l’été de 1968, mais cette fois sans prendre de
gants, et qui du reste devrait être appliquée avant le jour de la
révolte. Et en dehors de cas si extrêmes, il n’est pas nécessaire,
pour être un bon moyen de gouvernement, que l’assassinat inexpliqué
touche beaucoup de monde ou revienne assez fréquemment: le seul
fait que l’on sache que sa possibilité existe, complique tout de
suite les calculs en un très grand nombre de domaines. Il n’a pas
non plus besoin d’être intelligemment sélectif, ad hominem.
L’emploi du procédé d’une manière purement aléatoire serait peut-être
plus productif.
On s’est mis aussi en situation de faire composer des fragments
d’une critique sociale d’élevage, qui ne sera plus confiée
à des universitaires ou des médiatiques, qu’il vaut mieux désormais
tenir éloignés des menteries trop traditionnelles en ce débat;
mais critique meilleure, lancée et exploitée d’une façon nouvelle,
maniée par une autre espèce de professionnels, mieux formés. Il
commence à paraître, d’une manière assez confidentielle, des textes
lucides, anonymes ou signés par des inconnus — tactique d’ailleurs
facilitée par la concentration des connaissances de tous sur les
bouffons du spectacle; laquelle a fait que les gens inconnus paraissent
justement les plus estimables —, non seulement sur des sujets qui
ne sont jamais abordés dans le spectacle, mais encore avec des arguments
dont la justesse est rendue plus frappante par l’espèce d’originalité,
calculable, qui leur vient du fait de n’être en somme jamais
employés, quoiqu’ils soient assez évidents. Cette pratique peut
servir au moins de premier degré d’initiation pour recruter des
esprits un peu éveillés, à qui l’on dira plus tard, s’ils semblent
convenables, une plus grande dose de la suite possible. Et ce qui
sera, pour certains, le premier pas d’une carrière, sera pour d’autres
— moins bien classés — le premier degré du piège dans lequel on
les prendra.
Dans certains cas, il s’agit de créer, sur des questions qui risqueraient
de devenir brûlantes, une autre pseudo-opinion critique; et entre
les deux opinions qui surgiraient ainsi, l’une et l’autre étrangères
aux miséreuses conventions spectaculaires, le jugement ingénu pourra
indéfiniment osciller, et la discussion pour les peser sera relancée
chaque fois qu’il conviendra. Plus souvent, il s’agit d’un discours
général sur ce qui est médiatiquement caché, et ce discours pourra
être fort critique, et sur quelques points manifestement intelligent,
mais en restant curieusement décentré. Les thèmes et les mots ont
été sélectionnés facticement, à l’aide d’ordinateurs informés en
pensée critique. Il y a dans ces textes quelques absences, assez
peu visibles, mais tout de même remarquables: le point de fuite
de la perspective y est toujours anormalement absent. Ils ressemblent
au fac simile d’une arme célèbre, où manque seulement le
percuteur. C’est nécessairement une critique latérale, qui
voit plusieurs choses avec beaucoup de franchise et de justesse,
mais en se plaçant de côté. Ceci non parce qu’elle affecterait une
quelconque impartialité, car il lui faut au contraire avoir l’air
de blâmer beaucoup, mais sans jamais sembler ressentir le besoin
de laisser paraître quelle est sa cause; donc de dire, même
implicitement, d’où elle vient et vers quoi elle voudrait aller.
À cette sorte de fausse critique contre-journalistique, peut se
joindre la pratique organisée de la rumeur, dont on sait
qu’elle est originairement une sorte de rançon sauvage de l’information
spectaculaire, puisque tout le monde ressent au moins vaguement
un caractère trompeur dans celle-ci, et donc le peu de confiance
qu’elle mérite. La rumeur a été à l’origine superstitieuse, naïve,
auto-intoxiquée. Mais, plus récemment, la surveillance a commencé
à mettre en place dans la population des gens susceptibles de lancer,
au premier signal, les rumeurs qui pourront lui convenir. Ici, on
s’est décidé à appliquer dans la pratique les observations d’une
théorie formulée il y a près de trente ans, et dont l’origine se
trouvait dans la sociologie américaine de la publicité: la théorie
des individus qu’on a pu appeler des « locomotives», c’est-à-dire
que d’autres dans leur entourage vont être portés à suivre et imiter;
mais en passant cette fois du spontané à l’exercé. On a aussi
dégagé à présent les moyens budgétaires, ou extrabudgétaires, d’entretenir
beaucoup de supplétifs; à côté des précédents spécialistes, universitaires
et médiatiques, sociologues ou policiers, du passé récent. Croire
que s’appliquent encore mécaniquement quelques modèles connus dans
le passé, est aussi égarant que l’ignorance générale du passé. «
Rome n’est plus dans Rome», et la Mafia n’est plus la pègre. Et
les services de surveillance et désinformation ressemblent aussi
peu au travail des policiers et indicateurs d’autrefois — par exemple
aux roussins et mouchards du second Empire — que les services spéciaux
actuels, dans tous les pays, ressemblent peu aux activités des officiers
du Deuxième Bureau de l’état-major de l’Armée en 1914.
Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est devenu extrêmement
facile de déguiser des policiers en artistes. Quand les dernières
imitations d’un néo-dadaïsme retourné sont autorisées à pontifier
glorieusement dans le médiatique, et donc aussi bien à modifier
un peu le décor des palais officiels, comme les fous des rois de
la pacotille, on voit que d’un même mouvement une couverture culturelle
se trouve garantie à tous les agents ou supplétifs des réseaux d’influence
de l’État. On ouvre des pseudo-musées vides, ou des pseudo-centres
de recherche sur l’œuvre complète d’un personnage inexistant, aussi
vite que l’on fait la réputation de journalistes-policiers, ou d’historiens-policiers,
ou de romanciers-policiers. Arthur Cravan voyait sans doute venir
ce monde quand il écrivait dans Maintenant: «Dans la rue
on ne verra bientôt plus que des artistes, et on aura toutes les
peines du monde à y découvrir un homme». Tel est bien le sens de
cette forme rajeunie d’une ancienne boutade des voyous de Paris:
«Salut, les artistes ! Tant pis si je me trompe».
Les choses en étant arrivées à être ce qu’elles sont, on peut voir
quelques auteurs collectifs employés par l’édition la plus moderne,
c’est-à-dire celle qui s’est donné la meilleure diffusion commerciale.
L’authenticité de leurs pseudonymes n’étant assurée que par les
journaux, ils se les repassent, collaborent, se remplacent, engagent
de nouveaux cerveaux artificiels. Ils se sont chargés d’exprimer
le style de vie et de pensée de l’époque, non en vertu de leur personnalité,
mais sur ordres. Ceux qui croient qu’ils sont véritablement des
entrepreneurs littéraires individuels, indépendants, peuvent donc
en arriver à assurer savamment que, maintenant, Ducasse s’est fâché
avec le comte de Lautréamont; que Dumas n’est pas Maquet, et qu’il
ne faut surtout pas confondre Erckmann avec Chatrian; que Censier
et Daubenton ne se parlent plus. Il serait mieux de dire que ce
genre d’auteurs modernes a voulu suivre Rimbaud, au moins en ceci
que «Je est un autre».
Les services secrets étaient appelés par toute l’histoire de la
société spectaculaire à y jouer le rôle de plaque tournante centrale;
car en eux se concentrent au plus fort degré les caractéristiques
et les moyens d’exécution d’une semblable société. Ils sont aussi
toujours davantage chargés d’arbitrer les intérêts généraux de cette
société, quoique sous leur modeste titre de «services». Il ne
s’agit pas d’abus, puisqu’ils expriment fidèlement les mœurs ordinaires
du siècle du spectacle. Et c’est ainsi que surveillants et surveillés
fuient sur un océan sans bords. Le spectacle a fait triompher le
secret, et il devra être toujours plus dans les mains des spécialistes
du secret qui, bien entendu, ne sont pas tous des fonctionnaires
en venant à s’autonomiser, à différents degrés, du contrôle de l’État;
qui ne sont pas tous des fonctionnaires.
XXIX
Une loi générale du fonctionnement du spectaculaire intégré, tout
au moins pour ceux qui en gèrent la conduite, c’est que, dans ce
cadre, tout ce que l’on peut faire doit être fait. C’est
dire que tout nouvel instrument doit être employé, quoi qu’il en
coûte. L’outillage nouveau devient partout le but et le moteur du
système; et sera seul à pouvoir modifier notablement sa marche,
chaque fois que son emploi s’est imposé sans autre réflexion. Les
propriétaires de la société, en effet, veulent avant tout maintenir
un certain «rapport social entre des personnes», mais il leur
faut aussi y poursuivre le renouvellement technologique incessant;
car telle a été une des obligations qu’ils ont acceptées avec
leur héritage. Cette loi s’applique donc également aux services
qui protègent la domination. L’instrument que l’on a mis au point
doit être employé, et son emploi renforcera les conditions mêmes
qui favorisaient cet emploi. C’est ainsi que les procédés d’urgence
deviennent procédures de toujours.
La cohérence de la société du spectacle a, d’une certaine manière,
donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que
l’on ne peut y réformer le plus pauvre détail sans défaire l’ensemble.
Mais, en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire
organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus
ou moins bien s’exprimer: du syndicalisme aux journaux, de la ville
aux livres. D’un même mouvement, on a pu mettre en lumière l’incompétence
et l’irréflexion dont cette tendance était tout naturellement porteuse.
Et sur le plan individuel, la cohérence qui règne est fort capable
d’éliminer, ou d’acheter, certaines exceptions éventuelles.
XXX
La surveillance pourrait être beaucoup plus dangereuse si elle
n’avait été poussée, sur le chemin du contrôle absolu de tous, jusqu’à
un point où elle rencontre des difficultés venues de ses propres
progrès. Il y a contradiction entre la masse des informations relevées
sur un nombre croissant d’individus, et le temps et l’intelligence
disponibles pour les analyser; ou tout simplement leur intérêt
possible. L’abondance de la matière oblige à la résumer à chaque
étage: beaucoup en disparaît, et le restant est encore trop long
pour être lu. La conduite de la surveillance et de la manipulation
n’est pas unifiée. Partout en effet, on lutte pour le partage des
profits; et donc aussi pour le développement prioritaire de telle
ou telle virtualité de la société existante, au détriment de toutes
ses autres virtualités qui cependant, et pourvu qu’elles soient
de la même farine, sont tenues pour également respectables.
On lutte aussi par jeu. Chaque officier traitant est porté
à survaloriser ses agents, et aussi les adversaires dont il s’occupe.
Chaque pays, sans faire mention des nombreuses alliances supranationales,
possède à présent un nombre indéterminé de services de police ou
contre-espionnage, et de services secrets, étatiques ou para-étatiques.
Il existe aussi beaucoup de compagnies privées qui s’occupent de
surveillance, protection, renseignement. Les grandes firmes multinationales
ont naturellement leurs propres services; mais également des entreprises
nationalisées, même de dimension modeste, qui n’en mènent pas moins
leur politique indépendante, sur le plan national et quelquefois
international. On peut voir un groupement industriel nucléaire s’opposer
à un groupement pétrolier, bien qu’ils soient l’un et l’autre la
propriété du même État et, ce qui est plus, qu’ils soient dialectiquement
unis l’un à l’autre par leur attachement à maintenir élevé le cours
du pétrole sur le marché mondial. Chaque service de sécurité d’une
industrie particulière combat le sabotage chez lui, et au besoin
l’organise chez le rival: qui place de grands intérêts dans un
tunnel sous-marin est favorable à l’insécurité des ferry-boats et
peut soudoyer des journaux en difficulté pour la leur faire sentir
à la première occasion, et sans trop longue réflexion; et qui concurrence
Sandoz est indifférent aux nappes phréatiques de la vallée du Rhin.
On surveille secrètement ce qui est secret. De sorte que chacun
de ces organismes, confédérés avec beaucoup de souplesse autour
de ceux qui sont en charge de la raison d’État, aspire pour
son propre compte à une espèce d’hégémonie privée de sens. Car le
sens s’est perdu avec le centre connaissable.
La société moderne qui, jusqu’en 1968, allait de succès en succès,
et s’était persuadée qu’elle était aimée, a dû renoncer depuis lors
à ces rêves; elle préfère être redoutée. Elle sait bien que «son
air d’innocence ne reviendra plus».
Ainsi, mille complots en faveur de l’ordre établi s’enchevêtrent
et se combattent un peu partout, avec l’imbrication toujours plus
poussée des réseaux et des questions ou actions secrètes; et leur
processus d’intégration rapide à chaque branche de l’économie, la
politique, la culture. La teneur du mélange en observateurs, en
désinformateurs, en affaires spéciales, augmente continuellement
dans toutes les zones de la vie sociale. Le complot général étant
devenu si dense qu’il s’étale presque au grand jour, chacune de
ses branches peut commencer à gêner ou inquiéter l’autre, car tous
ces conspirateurs professionnels en arrivent à s’observer sans savoir
exactement pourquoi, ou se rencontrent par hasard, sans pouvoir
se reconnaître avec assurance. Qui veut observer qui ? Pour le compte
de qui, apparemment ? Mais en réalité ? Les véritables influences
restent cachées, et les intentions ultimes ne peuvent qu’être assez
difficilement soupçonnées, presque jamais comprises. De sorte que
personne ne peut dire qu’il n’est pas leurré ou manipulé, mais ce
n’est qu’à de rares instants que le manipulateur lui-même peut savoir
s’il a été gagnant. Et d’ailleurs, se trouver du côté gagnant de
la manipulation ne veut pas dire que l’on avait choisi avec justesse
la perspective stratégique. C’est ainsi que des succès tactiques
peuvent enliser de grandes forces sur de mauvaises voies.
Dans un même réseau, poursuivant apparemment une même fin, ceux
qui ne constituent qu’une partie du réseau sont obligés d’ignorer
toutes les hypothèses et conclusions des autres parties, et surtout
de leur noyau dirigeant. Le fait assez notoire que tous les renseignements
sur n’importe quel sujet observé peuvent aussi bien être complètement
imaginaires, ou gravement faussés, ou interprétés très inadéquatement,
complique et rend peu sûrs, dans une vaste mesure, les calculs des
inquisiteurs; car ce qui est suffisant pour faire condamner quelqu’un
n’est pas aussi sûr quand il s’agit de le connaître ou de l’utiliser.
Puisque les sources d’information sont rivales, les falsifications
le sont aussi.
C’est à partir de telles conditions de son exercice que l’on peut
parler d’une tendance à la rentabilité décroissante du contrôle,
à mesure qu’il s’approche de la totalité de l’espace social, et
qu’il augmente conséquemment son personnel et ses moyens. Car ici
chaque moyen aspire, et travaille, à devenir une fin. La surveillance
se surveille elle-même et complote contre elle-même.
Enfin sa principale contradiction actuelle, c’est qu’elle surveille,
infiltre, influence, un parti absent: celui qui est censé
vouloir la subversion de l’ordre social. Mais où le voit-on à l’œuvre ?
Car, certes, jamais les conditions n’ont été partout si gravement
révolutionnaires, mais il n’y a que les gouvernements qui le pensent.
La négation a été si parfaitement privée de sa pensée, qu’elle est
depuis longtemps dispersée. De ce fait, elle n’est plus que menace
vague, mais pourtant très inquiétante, et la surveillance a été
à son tour privée du meilleur champ de son activité. Cette force
de surveillance et d’intervention est justement conduite par les
nécessités présentes qui commandent les conditions de son engagement,
à se porter sur le terrain même de la menace pour la combattre par
avance. C’est pourquoi la surveillance aura intérêt à organiser
elle-même des pôles de négation qu’elle informera en dehors des
moyens discrédités du spectacle, afin d’influencer, non plus cette
fois des terroristes, mais des théories.
XXXI
Baltasar Gracián, grand connaisseur du temps historique, dit avec
beaucoup de pertinence, dans L’Homme de cour: «Soit l’action,
soit le discours, tout doit être mesuré au temps. Il faut vouloir
quand on le peut; car ni la saison, ni le temps n’attendent personne.
»
Mais Omar Kháyyám moins optimiste: «Pour parler clairement et
sans paraboles, — Nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel;
— On s’amuse avec nous sur l’échiquier de l’Être, — Et puis nous
retournons, un par un, dans la boîte du Néant».
XXXII
La Révolution française entraîna de grands changements dans l’art
de la guerre. C’est après cette expérience que Clausewitz put établir
la distinction selon laquelle la tactique était l’emploi des forces
dans le combat, pour y obtenir la victoire, tandis que la stratégie
était l’emploi des victoires afin d’atteindre les buts de la guerre.
L’Europe fut subjuguée, tout de suite et pour une longue période,
par les résultats. Mais la théorie n’en a été établie que plus tard,
et inégalement développée. On comprit d’abord les caractères positifs
amenés directement par une profonde transformation sociale: l’enthousiasme,
la mobilité qui vivait sur le pays en se rendant relativement indépendante
des magasins et convois, la multiplication des effectifs. Ces éléments
pratiques se trouvèrent un jour équilibrés par l’entrée en action,
du côté adverse, d’éléments similaires: les armées françaises se
heurtèrent en Espagne à un autre enthousiasme populaire; dans l’espace
russe à un pays sur lequel elles ne purent vivre; après le soulèvement
de l’Allemagne à des effectifs très supérieurs. Cependant l’effet
de rupture, dans la nouvelle tactique française, qui fut la base
simple sur laquelle Bonaparte fonda sa stratégie — celle-ci consistait
à employer les victoires par avance, comme acquises à crédit:
à concevoir dès le départ la manœuvre et ses diverses variantes
en tant que conséquences d’une victoire qui n’était pas encore obtenue
mais le serait assurément au premier choc —, découlait aussi de
l’abandon forcé d’idées fausses. Cette tactique avait été brusquement
obligée de s’affranchir de ces idées fausses, en même temps qu’elle
trouvait, par le jeu concomitant des autres innovations citées,
les moyens d’un tel affranchissement. Les soldats français, de récente
levée, étaient incapables de combattre en ligne, c’est-à-dire de
rester dans leur rang et d’exécuter les feux à commandements. Ils
vont alors se déployer en tirailleurs et pratiquer le feu à volonté
en marchant sur l’ennemi. Or, le feu à volonté se trouvait justement
être le seul efficace, celui qui opérait réellement la destruction
par le fusil, la plus décisive à cette époque dans l’affrontement
des armées. Cependant la pensée militaire s’était universellement
refusée à une telle conclusion dans le siècle qui finissait, et
la discussion de cette question a pu encore se prolonger pendant
près d’un autre siècle, malgré les exemples constants de la pratique
des combats, et les progrès incessants dans la portée et la vitesse
de tir du fusil.
Semblablement, la mise en place de la domination spectaculaire
est une transformation sociale si profonde qu’elle a radicalement
changé l’art de gouverner. Cette simplification, qui a si vite porté
de tels fruits dans la pratique, n’a pas encore été pleinement comprise
théoriquement. De vieux préjugés partout démentis, des précautions
devenues inutiles, et jusqu’à des traces de scrupules d’autres temps,
entravent encore un peu dans la pensée d’assez nombreux gouvernants
cette compréhension, que toute la pratique établit et confirme chaque
jour. Non seulement on fait croire aux assujettis qu’ils sont encore,
pour l’essentiel, dans un monde que l’on a fait disparaître, mais
les gouvernants eux-mêmes souffrent parfois de l’inconséquence de
s’y croire encore par quelques côtés. Il leur arrive de penser à
une part de ce qu’ils ont supprimé, comme si c’était demeuré une
réalité, et qui devrait rester présente dans leurs calculs. Ce retard
ne se prolongera pas beaucoup. Qui a pu en faire tant sans peine
ira forcément plus loin. On ne doit pas croire que puissent se maintenir
durablement, comme un archaïsme, dans les environs du pouvoir réel,
ceux qui n’auraient pas assez vite compris toute la plasticité des
nouvelles règles de leur jeu, et son espèce de grandeur barbare.
Le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme
éclairé.
Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans
la caste cooptée qui gère la domination, et notamment dirige la
protection de cette domination. En une telle matière, la nouveauté,
bien sûr, ne sera jamais exposée sur la scène du spectacle. Elle
apparaît seulement comme la foudre, qu’on ne reconnaît qu’à ses
coups. Cette relève, qui va décisivement parachever l’œuvre des
temps spectaculaires, s’opère discrètement, et quoique concernant
des gens déjà installés tous dans la sphère même du pouvoir, conspirativement.
Elle sélectionnera ceux qui y prendront part sur cette exigence
principale: qu’ils sachent clairement de quels obstacles ils sont
délivrés, et de quoi ils sont capables.
XXXIII
Le même Sardou dit aussi: «Vainement est relatif au sujet;
en vain est relatif à l’objet; inutilement, c’est
sans utilité pour personne. On a travaillé vainement lorsqu’on
l’a fait sans succès, de sorte que l’on a perdu son temps et sa
peine: on a travaillé en vain lorsqu’on l’a fait sans atteindre
le but qu’on se proposait, à cause de la défectuosité de l’ouvrage.
Si je ne puis venir à bout de faire ma besogne, je travaille vainement;
je perds inutilement mon temps et ma peine. Si ma besogne
faite n’a pas l’effet que j’en attendais, si je n’ai pas atteint
mon but, j’ai travaillé en vain; c’est-à-dire que j’ai fait
une chose inutile…
On dit aussi que quelqu’un a travaillé vainement, lorsqu’il
n’est pas récompensé de son travail, ou que ce travail n’est pas
agréé; car dans ce cas le travailleur a perdu son temps et sa peine,
sans préjuger aucunement la valeur de son travail, qui peut d’ailleurs
être fort bon».
(Paris, février-avril 1988.)
| Guy Debord ~ Commentaires sur "La societé du spectacle"
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[S O U R C E]
édité du mauvais côté
http://perso.wanadoo.fr/dumauvaiscote/index.htm
Révision 4 du 25.09.2004
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