Moyennes, variations, normales…

 J' entends sur ma radio (France Culture, 30 mai 2003, 8h15) que les températures du jour seront «inhabituelles»: de 25°C à 32°C selon la région. Plus tard, sur France Inter (13h20), j'apprends que les températures sont «élevées pour la saison et caniculaires». Ma foi. Reviennent souvent dans les bulletins météo des déclarations relatives aux «normales saisonnières» et aux «moyennes», généralement pour faire état que les températures du jour s'en écartent.

Qu'est, au 30 mai d'une année donnée, une température habituelle et, que dire ? Tempérée pour la saison ? Qu'est une «normale saisonnière» ? Qu'est une «moyenne» ? À 43 ans, il me faut dire que j'ai bien du mal à déterminer ce que serait une température «normale» pour un 30 mai. Considérant les dix-huit dernières années, il y a pour ma région environ un tiers des 30 mai entre 19°C et 22°C, un tiers en-dessous, un tiers au-dessus, et l'on voit en général un mouvement comparable avec quelques degrés en plus ou en moins pour les autres régions. Bien sûr, si l'on fait la moyenne de ces 18 années, on obtiendra une température d'environ 20°C ou 21°, j'imagine, mais ça n'en fait pas la température habituelle, puisque les deux tiers au moins des 30 mai s'en éloignent assez ou beaucoup.

Bien sûr, la «normale saisonnière» peut renvoyer à autre chose, la notion géométrique de normale: perpendiculaire à la tangente de la courbe en un point; un 30 mai, on s'attend à ce que la ligne qui matérialise ce jour coupe la courbe des températures du printemps à un certain niveau (c'est une «normale saisonnière»), la tangente des 20°C ou 21°C. Ce qui nous ramène à ce fait: ladite tangente est une valeur moyenne, et non la température réellement observée depuis la nuit des temps, ou au moins depuis qu'on observe les températures, jusqu'à l'année 2003 pour tous les 30 mai. Sinon, tant mon journaliste de France Culture que mon météorologue de France Inter me font m'interroger: qu'a donc d'inhabituelle une température de 24°C, un 30 mai, au cœur du Berry ? Est-elle remarquablement élevée ? Reprenez mon évaluation: entre 1986 et 2003, au moins une année sur trois on observe une température de cet ordre ou plus élevée. Et au moins une année sur trois ont eut des température assez basses pour les faire considérer par mon journaliste et mon météorologue inhabituelles et peu élevées pour la saison. Finalement, au plus une année sur trois le 30 mai aura vu une température «normale».

Conclusion: du fait des variations saisonnières, les moyennes saisonnières n'ont pas grand sens, et la normale saisonnière est une valeur rarement atteignable. Conclusion seconde, les journalistes et les météorologues qui nous dispensent le bulletin météo habituel en fin de journal ont du mal à faire un usage raisonné de la notion de moyenne dans leur appréciation subjective du temps du jour… Si par malencontre le 14 juillet 2003 la température descend en-dessous de 20°C, on aura encore droit à une considération sur la température «inhabituelle», ne tenant pas compte que depuis 1984 au moins 30% des 14 juillet furent de ce genre.


ADDENDUM. Quelques jours plus tard, en relisant ce texte, je me suis fait cette réflexion: puisque l'on nous parle, non pas de «la» normale mais «des» normales, ceci implique qu'on prend en compte plusieurs normales; soit il s'agit de la série des normales pour un 30 mai, et dans ce cas, la normale de 2003 correspondra à au moins une des normales passées, ergo elle correspondra aux «normales saisonnières», soit on nous parle des normales de la saison en cours, et on peut faire ici la même hypothèse. D'ailleurs je confirme que les normales du 31 mai et du 4 juin y correspondent… Et dans tous les cas, la normale du 30 mai 2003 correspond au moins à… la normale du 30 mai 2003.